L’attaque du Hamas depuis Gaza et le « siège total » de Gaza annoncé comme une réponse israélienne : quelques notes du point de vue du droit international public.

Introduction au conflit à Gaza

Depuis l’attaque contre Israël le 7 octobre 2023, plusieurs déclarations officielles de différents Etats et organisations internationales ont exprimé leur profonde solidarité avec les victimes israéliennes et condamné les violences perpétrées par le Hamas.

A titre d’exemple, on peut citer – pour ne citer qu’eux – les communiqués officiels émis par des Etats comme Argentine : à cet égard, il s’agit d’un texte plutôt court si on le compare au contenu des communiqués de Bolivie, ou Brésil, Colombie et Chili en Amérique latine.

Dans le cas de la Colombie, le texte intégral de son communiqué se lit comme suit, lequel nous avons jugé opportun de reproduire dans son intégralité :

Bogotá, D.C., 8 octobre 2023 – Le gouvernement colombien réitère l’appel à reprendre, de toute urgence, le dialogue entre Israël et la Palestine afin d’engager un processus de paix conduisant à une coexistence pacifique, à l’intérieur de frontières sûres mutuellement convenues et internationalement reconnues, avec un soutien total à l’intégrité territoriale des parties.

La situation actuelle dans la bande de Gaza

Ainsi, nos chers lecteurs pourront comparer la déclaration de la Colombie avec celles d’autres États, beaucoup moins nombreux, sur ce qui se passe en Palestine.

De même, on peut se référer aux textes élaborés par l’Allemagne, le Japon, la Malaisie, le Maroc, Oman, le Qatar ou la Suède ou à ceux diffusés par la Suisse, la Thaïlande et la Turquie ; à noter également la position exprimée cette fois par une organisation internationale, l’Union européenne (UE).

Notons que le communiqué assez long produit par l’appareil diplomatique Afrique du Sud commence par les mots suivants :

Parmi ces communiqués et bien d’autres, chacun à sa manière, a exprimé sa solidarité avec les victimes israéliennes de ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël, selon le vocabulaire et les termes et adjectifs utilisés par les autorités de l’Etat dont ils émanent : soit sous une forme longue, soit sous une forme courte, soit avec l’idée d’exprimer brièvement une situation ou un contexte, soit en se limitant de manière concise à l’événement en tant que tel.

L'attaque du Hamas et le siège de Gaza
Photo extraite de note de la BBC intitulée « Attaque en Israël Pourquoi l’armée israélienne a-t-elle mis si longtemps à réagir à l’attaque du Hamas depuis Gaza ? » (édition du 10/10/2023).

La réponse d’Israël au droit international humanitaire.

Cependant, suite à l’annonce par Israël d’un blocus total de la bande de Gaza, peuplée de plus de 2,2 millions d’habitants, et soumise à d’intenses bombardements aériens israéliens depuis l’après-midi/soirée du 7 octobre 2023, quelques voix se sont élevées. Alors que d’autres, comme au Canada, se sont prêtées à des exercices sémantiques qui se sont révélés maladroits (voir note de LaPresse / Canada et ce autre de Radio Canada).

En ce qui concerne les aspects sémantiques, « mettre en évidence » (à lire s’il vous plaît avec des guillemets doubles…) les efforts des plus hautes autorités israéliennes pour associer toute la population de Gaza au Hamas, y compris les suivants mots utilisés par son Ministre de la défense dans un tweet du 9 octobre :

I have ordered a complete siege on the Gaza Strip. There will be no electricity, no food, no fuel, everything is closed. We are fighting human animals and we act accordingly.

La déshumanisation d’une population civile comme celle de Gaza doit aussi être comprise comme un effort pour rendre les futurs morts et blessés beaucoup plus faciles à accepter par l’opinion publique. De même, depuis le 7 octobre, l’unisson est notoire de la part des autorités israéliennes pour profiter de chacune de leurs déclarations officielles pour associer le Hamas à l’Etat islamique.

Racines du conflit

Au-delà de ces éléments sémantiques et d’autres reproduits lorsque le discours officiel des autorités israéliennes est analysé en détail, il convient de noter la position très claire exprimée par le Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, qui a rapporté dans un communiqué de presse publié le 10 octobre (voir texte complet) que :

On 9 October, the Israeli authorities ordered a “full siege” of Gaza, shutting off electricity, water, food and fuel supplies. This risks seriously compounding the already dire human rights and humanitarian situation in Gaza, including the capacity of medical facilities to operate, especially in light of increasing numbers of injured. The imposition of sieges that endanger the lives of civilians by depriving them of goods essential for their survival is prohibited under international humanitarian law, the High Commissioner said. Any restrictions on the movement of people and goods to implement a siege must be justified by military necessity or may otherwise amount to collective punishment.

Le 12 octobre, c’est l’ONG Amnesty International qui a condamné avec véhémence le « siège total » de Gaza dans un communiqué, dont le texte intégral est recommandé.

Au sein même de la société israélienne, ce communiqué commun du 12 octobre appelle également à l’arrêt immédiat des bombardements à Gaza et illustre le désaveu que la réaction de ses plus hautes autorités suscite dans certains milieux.

Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation dans les territoires palestiniens n’a pas hésité le 14 octobre (voir communiqué) à mettre en garde la communauté internationale :

There is a grave danger that what we are witnessing may be a repeat of the 1948 Nakba, and the 1967 Naksa, yet on a larger scale. The international community must do everything to stop this from happening again,” the UN expert said. She noted that Israeli public officials have openly advocated for another Nakba, the term for the events of 1947-1949 when over 750,000 Palestinians were expelled from their homes and lands during the hostilities that led to the establishment of the State of Israel. The Naksa, which led to Israel’s occupation of the West Bank and the Gaza Strip in 1967, displaced 350,000 Palestinians« .

De certains détails négligés dans certains milieux.

Il faut rappeler qu’en moins de 24 heures, Israël a bombardé avec ses avions à trois reprises le seul point permettant une sortie de Gaza pour une population civile palestinienne fuyant les bombardements aériens, le poste frontière de Rafah avec l’Egypte (voir news report qui rapporte un câble de l’AFP du 7/10/2023).

Il est également intéressant de noter que trois journalistes ont été victimes de bombardements israéliens à Gaza en l’espace de 48 heures (voir note du média indien Siasat Daily et celle-ci note de 20.minutes /France). Une note plus récente d’une agence de presse turque fait référence cette fois à huit journalistes, dont deux ne sont pas connus (voir note).

Dans ce communiqué, on ne parle plus de 8 mais de 10 journalistes qui ont perdu la vie. Un incident a également été enregistré à Tel Aviv impliquant une équipe de journalistes de la BBC (voir note du 13/10/2023 de la même BBC). En ce qui concerne la presse, il convient de préciser que, dans un récent rapport présenté en juin 2023 (voir link vers le rapport A/HRC/53/22 du 9 mai 2023) par une commission d’enquête sur ce qui se passe en Palestine – créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en 2021- , il est indiqué que :

72.Les journalistes palestiniens sont particulièrement visés et font fréquemment l’objet de harcèlement, d’attaques, d’arrestations, de détentions, d’emprisonnements et d’accusations d’incitation à la violence, apparemment dans le but de les dissuader de poursuivre leur travail. Tout cela fait que les journalistes palestiniens ont de plus en plus peur et s’autocensurent. Les journalistes israéliens sont également de plus en plus surveillés et font l’objet d’attaques et d’autocensure par crainte de harcèlement et de perte d’emploi. Celle-ci rappelle à tous les responsables qu’ils ont l’obligation de respecter, de protéger et de mettre en œuvre les droits des journalistes à la sécurité et à la liberté.

Importance d’une approche fondée sur le droit international

Pendant ce temps, les fonctionnaires d’une autre agence des Nations unies, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), constatent que les bombardements israéliens affectent de manière dramatique l’infrastructure sanitaire déjà faible de Gaza, comme l’indique cet article du The Guardian :

The World Health Organization said there had been 11 attacks on healthcare sites – which included medical facilities, ambulances and care providers – in the first 36 hours of the new conflict in Gaza.“There is an urgent need to establish a humanitarian corridor for unimpeded, life-saving patient referrals and movement of humanitarian personnel and essential health supplies,” the WHO said.

Le 12 octobre, la célèbre ONG Human Rights Watch a dénoncé l’utilisation par Israël de phosphore blanc à la fois à Gaza et lors des récentes actions militaires au Liban (voir rapport), dans lequel on peut lire ce qui suit :

The use of white phosphorus in Gaza, one of the most densely populated areas in the world, magnifies the risk to civilians and violates the international humanitarian law prohibition on putting civilians at unnecessary risk.

Comme on peut le constater, la réaction militaire israélienne ne semble pas se limiter au seul objectif de détruire les infrastructures, les équipements et les centres de commandement du Hamas à Gaza et d’éliminer physiquement ses principaux dirigeants.

Les bilans intermédiaires glaçants sont en hausse.

attaque du Hamas depuis Gaza

Il doit être clair que de nombreux Palestiniens gravement blessés à Gaza qui sont transférés dans des hôpitaux sans électricité, sans eau et sans médicaments sont condamnés à une mort certaine, comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) l’a lui-même averti le 12 octobre (voir communiqué).

Dans ce document très complet article du The Guardian daté du 13 octobre, on peut lire, à propos d’un ordre d’évacuation donné par Israël à 1,1 million de Gazaouis, que.. :

Clive Baldwin, a senior legal adviser at Human Rights Watch, said Israel’s warning was simply not effective and called on world leaders to speak up. “The roads are rubble, fuel is scarce, and the main hospital is in the evacuation zone,” he said. 

Le dernier décompte ouétat des lieux au 21 octobre 2023 par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA, voir lien officiel) indique le bilan suivant depuis le début du décompte le 7 octobre en Israël et dans la bande de Gaza :

– Du côté palestinien, 4385 personnes ont été tuées et 13 561 blessées à Gaza, auxquelles il faut ajouter – en Cisjordanie – 84 tués et 1653 blessés ; tandis que
– du côté israélien, 1400 personnes ont été tuées et 4932 blessées.

Environ 48 heures plus tôt, le même état des lieux au 19 octobre 2023 indiquait le bilan suivant :
– du côté palestinien, 3785 personnes ont été tuées et 12500 blessées à Gaza, auxquelles il faut ajouter – en Cisjordanie – 79 tués et 1434 blessés ; tandis que
– du côté israélien, 1400 personnes ont été tuées et 4629 blessées.

Pour se faire une idée de l’évolution de ces chiffres, il faut noter qu’il y a 48 heures, ce même état des lieux le 17 octobre 2023 présentait le bilan suivant :

– du côté palestinien, 3000 personnes ont été tuées et 12500 blessées à Gaza, auxquelles il faut ajouter – en Cisjordanie – 61 tués et 1230 blessés ; tandis que

– du côté israélien, 1300 personnes ont été tuées et 4229 blessées.

En suivant la chronologie, le même état des lieux un jour plus tôt, le 16 octobre 2023 présentait le bilan suivant :
– du côté palestinien, 2808 personnes ont été tuées et 10850 blessées à Gaza ; tandis que

– du côté israélien, 1300 personnes ont été tuées et 4121 blessées.

Par rapport à la situation 48 heures plus tôt, l’état de la situation à la date du 14 octobre 2023 fait apparaître le bilan suivant :
– du côté palestinien, 2228 personnes ont été tuées et 8744 blessées à Gaza ; tandis que

– du côté israélien, 1300 personnes ont été tuées et 3621 blessées.

Le même état des lieux au 12 octobre 2023 indiquait le bilan suivant :
– du côté palestinien, à Gaza, 1417 personnes ont été tuées et 6268 blessées ; tandis que
– du côté israélien, 1300 personnes ont été tuées et 3391 blessées.

Pour comparer l’évolution de ces données dans le temps, le même état des lieux au 11 octobre 2023 indiquait le bilan suivant :
– du côté palestinien, à Gaza, 1100 personnes ont été tuées et 5339 blessées, tandis que ;
– du côté israélien, 1200 personnes ont été tuées et 3192 blessées.

Il est très frappant de constater que dans le rapport sur l’état des lieux au 9 octobre 2023, le bilan enregistré est le suivant :
– du côté palestinien, 687 personnes ont été tuées et 3800 blessées à Gaza, tandis que du côté israélien, 900 personnes ont été tuées et 2616 blessées.

– du côté palestinien, 687 personnes ont été tuées et 3800 blessées, tandis que du côté israélien, 900 personnes ont été tuées et 2616 blessées.


– du côté palestinien, 687 personnes ont été tuées et 3800 blessées, tandis que du côté israélien, 900 personnes ont été tuées et 3800 blessées.

Chaque jour, rapport après rapport, le nombre de morts et de blessés à Gaza monte en flèche, avec plus de 3 600 personnes tuées rien qu’entre le 9 et le 21 octobre 2023.

Pour sa part, l’ONG Defense for Children, section palestinienne, évoqueplus de 1000 enfants déjà morts depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza (voir communiqué intitulé « Un enfant palestinien à Gaza tué toutes les 15 minutes par les forces israéliennes« ).

L’option du « siège total » de Gaza, de la réponse militaire disproportionnée et indiscriminée au mépris du droit international public.

Dans une récente interview (dont nous recommandons la lecture intégrale) avec un spécialiste belge du droit international public qui connaît très bien la situation dans les territoires palestiniens occupés, on peut lire ceci :

Quand on coupe l’eau et l’électricité, ainsi que l’approvisionnement en nourriture et en essence, ce qui s’ajoute au blocus militaire qui s’appliquait déjà depuis des années, on peut très rapidement aboutir à des effets délétères, qui contreviennent au droit humanitaire et aux droits humains.

L’Association espagnole pour l’application du droit international des droits de l’homme (AEDIDH) a fait une déclaration similaire dans un communiqué dont nous recommandons la lecture, rappelant que la précédente offensive militaire à Gaza en 2014 par Israël intéresse déjà le droit pénal international. A ce titre, nous remercions nos estimés lecteurs de nous faire parvenir des prises de position similaires d’associations de professeurs de droit international, ainsi que d’organisations de défense des droits de l’homme similaires, plutôt prudentes et circonspectes malgré les images dramatiques de ce qui arrive à la population civile palestinienne à Gaza depuis le soir / la nuit du 7 octobre.

Sur ce dernier aspect – une branche spécifique du droit international public comme le droit pénal international – nous avons eu l’occasion d’analyser une décision du 4 février 2021 d’une Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) autorisant le Bureau du Procureur à mener des enquêtes dans tous les territoires palestiniens, sans exception d’aucune sorte (une décision, comme on pouvait s’y attendre, peu médiatisée dans certains médias internationaux) : voir à cet égard notre note intitulée « Cour pénale internationale (CPI)/Palestine : la fin de l’impunité pour les auteurs de crimes de guerre commis en Palestine?« .

Les autorités israéliennes actuelles : victimes de leur propre … illusion?.

La décision d’Israël de « venger » officiellement tous les Israéliens tués dans l’attaque du Hamas le 7 octobre depuis Gaza (voir note du Le Point – France) semble s’inscrire dans une logique très particulière des autorités israéliennes actuelles, qui semblent avoir été prises par surprise.

Un éditorial du journal israélien Haaretz (voirtexte) a lu un article d’opinion intitulé « L’imprudence de Netanyahou a provoqué la guerre contre Israël« , tandis que cette note de la BBC détaille les défaillances observées des services de renseignement et de surveillance israéliens.

Dans la mesure où il s’agit de la première grande attaque coordonnée sur le territoire israélien depuis sa création en 1948 par le Hamas, des doutes de diverses natures sont apparus, suggérant que ce qui s’est passé est également le résultat de la politique erratique d’Israël au cours de ces derniers temps.

Les images des planeurs motorisés du Hamas atterrissant en toute sécurité à proximité d’une foule dansant et écoutant un concert de musique (voir vidéo) à quelques kilomètres seulement de la bande de Gaza parlent d’elles-mêmes.

Impact humanitaire

Apparemment, une grande partie du personnel militaire israélien qui surveille habituellement la zone autour de la bande de Gaza a été envoyée en Cisjordanie pour surveiller les groupes de colons israéliens et les protéger des réactions des familles palestiniennes dépossédées de leurs terres. Plus étonnant encore, les rapports des services de renseignement en provenance d’Égypte et avertissant d’une possible attaque de grande envergure – « quelque chose d’énorme » comme il a été rapporté – n’ont pas été pris en compte par les autorités israéliennes elles-mêmes (voir note du Times of Israel media outlet).

Parmi les voix très critiques à l’égard des autorités israéliennes actuelles, l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi, a écrit une tribune – voir texte – dans Le Monde (France) intitulée :  » L’attaque du Hamas est le résultat de la combinaison d’une organisation islamiste fanatique et d’une politique israélienne imbécile« .

Il convient de noter que l’ONG israélienne B’Tselem a publié un communiqué le 10 octobre, mettant en garde contre la commission très probable de crimes de guerre par l’armée israélienne dans le cadre de la « revenge » prévue et annoncée par ses plus hautes autorités (voir communiqué), en déclarant ce qui suit :

One crime does not justify another, nor does one kind of injustice justify another. Acts of revenge are prohibited by basic moral principles and by the provisions of international law that Israel is obliged to uphold.

L’attaque du Hamas et le siège de Gaza

Dans cette section, il convient de rappeler que la colonisation israélienne illégale de la Cisjordanie a conduit le Conseil de sécurité des Nations unies, le 20 février 2023, à s’exprimer par le biais d’une déclaration présidentielle dans les termes suivants (voir texte complet) :

The Security Council reaffirms its unwavering commitment to the vision of the two-State solution where two democratic States, Israel and Palestine, live side by side in peace within secure and recognized borders, consistent with international law and relevant UN resolutions. While, the United Nations expresses deep concern and dismay with Israel’s announcement on February 12, 2023, announcing further construction and expansion of settlements and the « legalization » of settlement outposts. The International Community reiterates that continuing Israeli settlement activities are dangerously imperiling the viability of the two-State solution based on the 1967 lines.« .

Photo de la journée de solidarité avec la Palestine organisée le 15 octobre 2023 devant l’Assemblée législative du Costa Rica, extraite de réseau social du réseau de solidarité Palestine/Costa Rica.

Concernant le Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis ont voté le 18 octobre contre un projet de résolution présenté par le Brésil, qui comptait 12 voix pour et deux abstentions (Russie et Royaume-Uni) : une nouvelle preuve du profond isolement dans lequel les États-Unis se sentent obligés de se placer face au reste de la communauté internationale chaque fois qu’ils tentent de condamner Israël pour ses actions militaires (voir communiqué de presse de l’ONU). Un récent rapport soumis à l’Assemblée générale des Nations unies par la Commission internationale indépendante créée en 2021 (voir le rapport A/78/198 du 5 septembre 2023) a mis en garde contre la situation explosive en Palestine (voir en particulier les conclusions, aux paragraphes 65-77).

Les règles immuables du droit international humanitaire.

Au regard du droit international public, tout État attaqué a le droit de se défendre.

Toutefois, ce même État a également l’obligation de respecter les règles existantes du droit international humanitaire lorsqu’il entreprend une action militaire en réponse à l’attaque. Ces règles s’appliquent notamment lors de la planification des opérations militaires,

– de faire une distinction claire entre les civils et les cibles militaires, ainsi que ;

– réagir de manière proportionnée.

Ces deux règles s’appliquent à l’armée d’un État, ainsi qu’à un groupe armé tel que le Hamas, car elles sont connues de tous les commandants militaires qui reçoivent une formation.

Ainsi, malgré les actions militaires répétées de la Russie affectant directement et intentionnellement la population civile ukrainienne (depuis l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine en février 2022), l’armée ukrainienne a tenté de maintenir dans ses opérations militaires une discrimination claire entre les cibles militaires et la population civile russe.

Une étrange sensation de « déjà vu ».

Pour revenir à la bande de Gaza, il convient de rappeler que, par le passé, les offensives militaires menées officiellement par Israël pour « éliminer les terroristes du Hamas » se sont soldées par des pertes dramatiques pour la population civile palestinienne, dont certains médias internationaux n’ont pas fait grand cas :

– en 2014, suite à l’offensive militaire à Gaza (70 morts côté israélien, dont 67 soldats tués lors de l’offensive terrestre), 2 251 personnes ont été tuées côté palestinien, dont 551 enfants (voir link pour le rapport de l’ONU et son résumé). Nous invitons nos chers lecteurs à examiner les chiffres et à établir un macabre « ratio » de victimes palestiniennes pour chaque vie perdue par Israël.
– en 2009, l’offensive militaire menée à Gaza entre le 28 décembre 2008 et le 17 janvier 2009 par Israël (voir link), a entraîné la mort de 13 Israéliens et d’environ 1 400 Palestiniens (voir la section « casualties » aux paragraphes 352-364 de ce rapport de l’ONU). Dans ce cas également, la même invitation au lecteur est faite en ce qui concerne le « ratio » susmentionné.

L’annexe II (page 434 et suivantes) du rapport susmentionné sur l’opération militaire de 2009 comprend la correspondance soutenue avec Israël face à son refus persistant de coopérer avec les membres de la commission d’enquête de l’ONU.

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Fait intéressant, un récent rapport du PNUD sur les dommages causés à Gaza lors de la seule offensive militaire israélienne en 2014 estime le montant des dommages à plus de 1,7 milliard de dollars américains, affirmant que les dommages ont été causés par l’offensive militaire israélienne :

« According to this preliminary assessment, the value of damages resulted by this war are estimated to reach up to $1,727,027,316″  (véase informe, p. 26).

La réponse militaire israélienne, qui consiste ces jours-ci à « venger » les victimes du 7 octobre, risque de condamner à nouveau une grande partie de la population civile palestinienne de Gaza à la souffrance et à la douleur, en raison des opérations militaires aveugles et disproportionnées menées par Israël.

Un point spécifique devrait intéresser beaucoup plus les médias : la mort de journalistes et de reporters palestiniens à Gaza, de photographes et de cameramen, dans la mesure où il pourrait être dans l’intérêt d’Israël que l’ampleur de ses bombardements sur le territoire de Gaza ne soit pas documentée et rapportée avec précision.

Comme ce fut le cas dans le passé, ces actions de représailles israéliennes seront suivies de près par divers organes de l’ONU ainsi que par certaines de ses institutions spécialisées. Si elles s’avèrent à nouveau aussi meurtrières et préjudiciables pour la population civile palestinienne de Gaza – comme cela a déjà été observé par le passé – la Cour pénale internationale (CPI) pourrait également ouvrir une nouvelle enquête à leur sujet, portant à la fois sur les exactions commises par le Hamas et par les forces de sécurité israéliennes à Gaza.

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Le 10 octobre 2023, la commission d’enquête internationale susmentionnée – créée au sein du Conseil des droits de l’homme depuis 2021 (voir lien) – a annoncé qu’elle avait commencé à recueillir des informations sur ce qui s’est passé le 7 octobre (voir sa déclaration officielle).

Finalement, les conclusions tirées dans le passé par les spécialistes du droit international public concernant les offensives militaires d’Israël à Gaza sont intéressantes à passer en revue. Par exemple, parmi beaucoup d’autres, cet article publié par l’Université de Denver (Colorado) aux États-Unis, concernant l’offensive meurtrière à Gaza en 2009, souligne que :

 » Israel’s capacity to trample international humanitarian law in its current state is a function of two factors: its overwhelming military superiority as against any combination of its neighbors; and the cocoon of impunity in which it has been enwrapped-largely due to the diplomatic cover provided it by the United States.The United States government has exercised its veto power in the United Nations Security Council forty-two times-over half the vetoes it has employed since the birth of the United Nations-to spare Israel censure for its actions. In the recent fighting in Gaza, a Security Council resolution for a ceasefire was delayed in part out of concern over a probable U.S. veto, permitting Israel to extend its operation into several weeks ».

Les manifestations étatiques de solidarité avec Israël indiquent une ligne à l’horizon.

Face à la situation en Israël depuis le 7 octobre, la communauté internationale cherche à tout prix à éviter une escalade de la violence. De nombreux appels à la condamnation des violences ont été lancés par différents acteurs de la société internationale.

À cet égard, on notera que, contrairement à certains États qui omettent la future solution à deux États dans leurs communiqués respectifs – comme dans le cas des communiqués de France ou de Guatemala et Panama -, le communiqué publié le 7 octobre par l’appareil diplomatique chilien (voirtexte complet) stipule que :

« Le Chili considère qu’il est essentiel de relancer, avec le soutien de la communauté internationale, le processus de négociations directes et de bonne foi entre les deux parties, afin de parvenir à un accord de paix juste, complet et définitif. Ceci, dans le cadre de la solution à deux Etats, reconnaissant le droit d’Israël et de la Palestine à coexister en paix, à l’intérieur de frontières sûres mutuellement convenues et internationalement reconnues, conformément aux résolutions adoptées par les Nations Unies ».

Perspectives pour une solution

De même, le communiqué officiel du Brésil a souligné que :

« Le Brésil regrette qu’en 2023, année du 30e anniversaire des accords de paix d’Oslo, il y ait une détérioration grave et croissante de la situation sécuritaire entre Israël et la Palestine.En sa qualité de président du Conseil de sécurité des Nations unies, le Brésil convoquera une réunion d’urgence de l’organe.Le gouvernement brésilien réitère son engagement en faveur de la solution à deux États, avec la Palestine et Israël vivant ensemble dans la paix et la sécurité, à l’intérieur de frontières mutuellement convenues et internationalement reconnues. De plus, il réaffirme que la simple gestion du conflit ne constitue pas une alternative viable pour traiter la question israélo-palestinienne et que la reprise des négociations de paix est urgente« .

Parallèlement à ces premiers appels officiels à ne pas intensifier la violence israélo-palestinienne, des États comme l’Égypte, la Turquie et le Qatar (qui fournit au Hamas quelque 30 millions de dollars par mois) ont proposé leur médiation sur le sort des plus de 130 otages israéliens toujours détenus par le Hamas. Pour certains analystes, ces otages pourraient constituer un véritable « dilemme » pour les décideurs politiques israéliens actuels (voir note du Le Courrier International / France) : il convient de noter que dans ce groupe de 130 otages, il y a des ressortissants de plus de 20 États, comme l’ont rapporté certains médias européens (voir note de Libération / France).

Le 16 octobre, il a été rapporté que la Colombie menaçait de suspendre ses relations diplomatiques avec Israël et exigeait des excuses de l’ambassadeur israélien à Bogota pour les remarques irrespectueuses qu’il avait faites à l’égard de la plus haute autorité du pays (voir note de La Vanguardia).

En guise de conclusion.

Reste à espérer que les décisions prises par les plus hautes autorités israéliennes ne reproduiront pas les actions passées, en violation flagrante des règles les plus élémentaires du droit international humanitaire.

Ces actions militaires disproportionnées et aveugles n’ont fait qu’accroître le sentiment de désespoir de nombreuses personnes à Gaza (et au-delà), offrant ainsi un terrain toujours plus fertile à la radicalisation dans divers milieux.

Un fait négligé par certains analystes et commentateurs ces jours-ci est qu’au sein du Hamas il y avait une aile plus modérée qui a annoncé en mai 2017 depuis le Qatar le changement de ses statuts, intégrant l’idée d’une Palestine confinée uniquement aux frontières de 1967, telles que reconnues par la communauté internationale (voir communiqué de presse de 2017 et cette analyse de l’Observatorio de Política Internacional de l’Université du Costa Rica – UCR). Malgré le revirement observé en 2017, la politique des colonies israéliennes colonisant illégalement le territoire palestinien en Cisjordanie a constitué une véritable provocation, sapant tous les efforts de rapprochement entre Israël et la Palestine, et contribuant à la radicalisation susmentionnée.

Concernant cette colonisation israélienne soutenue, il convient de noter que depuis décembre 2022, une procédure consultative a été formellement engagée devant la Cour internationale de justice (CIJ) sur deux questions liées à la politique de colonisation illégale d’Israël menée ces dernières années en Cisjordanie, et promue par ses autorités actuelles : nous renvoyons nos lecteurs à notre note intitulée « L’Amérique latine face à une demande d’avis consultatif à la justice internationale sur la situation en Palestine : brèves notes sur le vote inhabituel du Costa Rica contre » L’Amérique latine face à une demande d’avis consultatif à la justice internationale sur la situation en Palestine : brèves notes sur le vote inhabituel du Costa Rica contre.

Récapitulation des questions clés et considérations finales

Entre les chants guerriers de vengeance entendus en Israël, l’annonce officielle de l’imminence d’une intervention terrestre d’envergure à Gaza par ses autorités et l’attitude de certains alliés d’Israël, un chroniqueur américain n’a pas hésité à écrire dans l’influent New York Times (voir texte, dont la lecture intégrale est recommandée) que.. :

America cannot protect Israel in the long run from the very real threats it faces unless Israel has a government that reflects the best, not the worst, of its society, and unless that government is ready to try to forge compromises with the best, not the worst, of Palestinian society.

En outre, au fil des jours, il est très probable que le nombre susmentionné de personnes tuées et blessées à Gaza commence à avoir un impact sur l’opinion publique dans le monde entier, et en particulier dans certains États arabes qui ont estimé qu’il était temps de « normaliser » leurs relations avec Israël au cours des années passées. L’Arabie saoudite vient de confirmer qu’elle suspendait toutes les discussions avancées avec Israël sur une éventuelle normalisation des relations (voir communiqué de presse de France24).

À mesure que circulent les images glaçantes de la brutalisation par Israël de la population civile palestinienne à Gaza, il est probable que les actes de répudiation de la politique israélienne tendront à devenir encore plus radicaux dans le monde entier. D’un simple point de vue stratégique, n’est-ce pas là le piège du Hamas dans lequel Israël semble être tombé ?

Posted by Curso de Derecho Internacional. Costa Rica

Nicolas Boeglin, Professeur de droit international public, Faculté de droit, Université du Costa Rica (UCR). Contact : [email protected]